Le pardon dans la Bible : sens, versets et chemins
Le pardon est l'un des mots les plus exigés du Nouveau Testament — et l'un des plus difficiles à vivre. Voici ce que la Bible enseigne, sans naïveté. Méditation du Jour 70 du plan La Bible en 1 an.
Le verset
« Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » Matthieu 6:14-15 (Louis Segond 1910)
Et la consigne paulinienne, qui place le pardon humain dans son moteur :
« Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. » Éphésiens 4:32 (Louis Segond 1910)
Contexte
Le verbe grec pour pardonner, aphiēmi, signifie littéralement « laisser aller, libérer, annuler ». Quand Dieu pardonne, il libère le pécheur de la dette ; quand le chrétien pardonne, il libère son offenseur de la créance qu'il avait sur lui — et, paradoxalement, se libère lui-même. C'est pourquoi la Bible insiste autant sur le pardon : il n'est pas seulement une faveur faite à l'autre, c'est aussi la condition de la liberté de notre âme.
Jésus revient sur le sujet plusieurs fois. Au cœur du Notre Père, il met « pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » (Matthieu 6:12). Dans la parabole du serviteur impitoyable (Matthieu 18:21-35), il montre l'absurdité de réclamer une dette de cent deniers quand on vient soi-même d'être libéré de dix mille talents. La logique chrétienne du pardon n'est pas équité ; c'est gratitude.
Signification
Trois clarifications gardent le pardon biblique de la confusion.
Premièrement : pardonner n'est pas oublier. Joseph, en pardonnant à ses frères, nomme clairement leur mal : « Vous aviez médité de me faire du mal : Dieu l'a changé en bien » (Genèse 50:20). Le pardon biblique est lucide ; il ne dit pas que le mal n'a pas eu lieu, il dit que la dette est annulée.
Deuxièmement : pardonner n'est pas excuser. Excuser, c'est dire « ce n'est pas grave ». Pardonner, c'est dire « c'était grave, et je libère malgré tout ». Ces deux gestes diffèrent radicalement.
Troisièmement : pardonner n'est pas toujours réconcilier. Marc 11:25 commande de pardonner ; Luc 17:3 conditionne la réconciliation à la repentance de l'offenseur. Le chrétien pardonne toujours, intérieurement ; il se réconcilie quand l'autre se repent. Les deux gestes peuvent coexister ou non — la confusion entre les deux fait souffrir beaucoup.
Et il y a la grande motivation. Éphésiens 4:32 : « comme Dieu vous a pardonné en Christ. » Le moteur du pardon chrétien n'est pas la vertu ; c'est la mémoire de la croix. On ne pardonne pas parce qu'on est généreux ; on pardonne parce qu'on a été pardonné. La parabole du serviteur impitoyable est, à cet égard, sans pitié : refuser de pardonner après avoir reçu un pardon infini est une absurdité morale et théologique.
Comment l'appliquer
- Nomme la blessure. Devant Dieu, sois précis. Le pardon ne commence pas dans la négation mais dans la lucidité.
- Demande la grâce de pardonner. On ne pardonne pas par décision seule ; on a besoin de l'aide du Saint-Esprit. Marc 9:24 : « je crois ; viens au secours de mon incrédulité ! »
- Pardonne par décision avant de le sentir. L'obéissance précède l'émotion. Le sentiment suit, parfois beaucoup plus tard.
- Distingue pardon et réconciliation. Tu peux pardonner sans rétablir une relation, surtout si la sécurité ou l'intégrité l'exige.
- Reviens à la croix. Quand le pardon te coûte, regarde le coût qu'a été le tien. La gratitude rouvre le cœur.
Versets liés
- Colossiens 3:13 — « Vous supportant les uns les autres, et vous pardonnant réciproquement. »
- 1 Jean 1:9 — « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner. »
- Matthieu 18:22 — « Jusqu'à soixante-dix fois sept fois. »
- Luc 23:34 — « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. »
- Romains 12:19 — « Ne vous vengez point vous-mêmes… c'est à moi qu'appartient la vengeance. »
Réflexion
Pardonner n'est pas un don gentil ; c'est un travail intérieur où Dieu nous demande de ressembler à son Fils. Mais ce travail ouvre une vie. Les rancunes sont les chaînes de l'âme ; le pardon en est la clé. Si tu portes une dette qu'un autre n'a jamais payée, regarde ta propre dette payée par Christ. Et libère.
Questions fréquentes
Que dit la Bible sur le pardon ?
Que pardonner est essentiel à la vie chrétienne. Matthieu 6:14-15 lie le pardon reçu de Dieu au pardon donné aux autres. Éphésiens 4:32 commande : « Pardonnez-vous réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. »
Combien de fois faut-il pardonner ?
Pierre demanda : jusqu'à sept fois ? Jésus répondit : « jusqu'à soixante-dix fois sept fois » (Matthieu 18:22). C'est un chiffre qui dit « sans compter ». Le pardon biblique ne tient pas de comptabilité.
Pardonner, est-ce oublier ?
Non. Pardonner, c'est annuler la dette, pas effacer le souvenir. Joseph nomme clairement le mal de ses frères avant de pardonner (Genèse 50:20). Le pardon biblique est lucide, pas amnésique.
Et si la personne ne se repent pas ?
On pardonne intérieurement (Marc 11:25) — c'est-à-dire qu'on libère son propre cœur et qu'on remet la justice à Dieu (Romains 12:19). La réconciliation, en revanche, demande la repentance de l'offenseur (Luc 17:3-4). Pardon et réconciliation ne sont pas identiques.
Comment pardonner quand la blessure est trop forte ?
Trois étapes : nommer la blessure devant Dieu (Psaume 22), demander la grâce de pardonner (on ne pardonne pas par force seule), et le faire par décision avant de le sentir. Le sentiment suit souvent l'obéissance, pas l'inverse.